Avant première du livre "In Love.net"...
Samedi 23 juillet 2011


Deux mois ont passé depuis que Marie a fêté ses 40 ans.
Nous sommes début avril et le printemps s’installe.
Les jours s’allongent, le soleil commence à être chaud, les premiers vacanciers arrivent peu à peu, les rues se remplissent du matin jusqu’au soir, les soirées s’animent de plus en plus.
Marie est en pleine forme.
Ses bonnes résolutions, ont portés leurs fruits.
Sa vie reprend peu à peu mouvement grâce aux amies retrouvées.
Non seulement, son travail n’est plus sa priorité mais en plus elle retrouve confiance en elle et prend plaisir à organiser des soirées à la maison.

Jean, Monique, Suzanne et même sa fille ont du mal à la voir tant elle sort le week-end et même la semaine parfois.
Son entourage s’étonne de ne pas savoir, en détail, quelles sont les sorties de Marie.
En effet, Marie n’a pas encore avoué qu’elle s’est inscrite sur un site de rencontres et qu’elle échange sur internet avec deux ou trois hommes.
Le premier s’appelle Franck, il est Chercheur au CNRS, il a 43 ans.
Le deuxième s’appelle Charles, il est Chirurgien, il a 50 ans.
Le troisième s’appelle Marc, il est Musicien, il a 39 ans.
Marie n’a pas encore passé le cap de la rencontre, bien que ces trois hommes lui paraissent être charmants, elle craint d’être déçue et préfère prendre son temps.
Elle passe beaucoup de temps sur le Net avec Franck, c’est un passionné, et ils ont beaucoup de points en commun. Mais la distance ne leur permet pas de se rencontrer pour l’instant. Franck habite à Paris et son métier ne lui laisse pas beaucoup de temps libre.
Quant à Charles et Marc, ils sont toujours par monts et par vaux. Charles, parce qu’il possède deux cliniques, l'une à Lyon et l’autre en Espagne, et Marc, parce qu’il voyage de pays en pays pour donner ses concerts.
Marie prend beaucoup de plaisir à converser avec eux et découvre de nouvelles choses à travers ce qu’ils lui racontent.
Elle voyage avec Marc lorsqu’il lui décrit les villes qu’il traverse, le paysage, les gens, les coutumes.
Charles, lui apprend la mentalité, tellement différente des hispaniques, leur nourriture, leur musique, leur mode de vie particulier.
Mais son préféré, reste Franck.
Il est posé, timide, calme, d’une sensibilité à fleur de peau qu’il essaye de cacher, sans grand succès. Marie a l’impression qu’elle peut parler de tout sans a priori. Elle se sent bien avec lui, il est toujours à l’écoute.
Peut être qu’un jour, ils prendront le temps de se rencontrer. Mais pour l’instant cela n’est pas au goût du jour et l’un comme l’autre apprécie le simple plaisir de se retrouver au travers de l’ordinateur.

***

Le téléphone de la maison retentit. En ce samedi matin, Marie est surprise.
- Allo ?
- Marie, salut c’est Corinne.
- Salut, tu vas bien ?
- Oui très bien et toi ?
- Impeccable … Mais que t’arrive-t-il à une heure aussi matinale ?
- Ecoute, une amie m’a inscrite à une soirée ce soir à St Tropez mais elle a un empêchement, alors, j’ai pensé que tu pourrais venir avec moi.

- C’est quoi comme soirée ?
- Une soirée de célibataires dans un grand resto en bord de plage.
- C’est quoi une soirée de célibataires ?
- Et bien, des femmes et des hommes célibataires se retrouvent, font connaissance, partagent le repas et plus si affinités.
- Je ne crois pas que j’ai très envie de participer à ce genre de soirée, cela manque de spontanéité non ?
- Ca peut être sympa, le restaurant à une bonne critique. Il y aura de la musique, on n’est pas obligée de ressortir la bague au doigt. Allez !
- Bon écoute. Je ne sais pas trop. C’est à quelle heure ?
- 20 heures.
- Laisse-moi réfléchir. Je viens juste de me réveiller, je te rappelle vers midi, d’accord.
- D’accord à tout.

***

Corinne a eu raison de Marie. Il est 20h et elles arrivent devant le restaurant de St Tropez mais ce que Corinne a omis de dire à Marie c’est qu’avant le repas, il y avait une séance de Speed Dating.
Marie se retrouve à la table 21, où défile pendant plus d’une heure, toutes sortes d’hommes, dont aucun ne saura retenir son attention.
Ni le vieux beau qui lui promet de lui faire faire le tour des plus beaux palaces de la région, ni le divorcé névrosé qui ne lui parlera que de son ex-femme pendant les sept minutes du speeddating, ni le nouvellement grand père qui veut tester sa séduction en oubliant que sa femme est à l'hôpital pour un Alzheimer précoce. Et encore moins, le trentenaire plutôt proche de la quarantaine (38 ans) qui cherche la femme de sa vie désespérément.

***


Le comble du comble fut Jérôme. Cet homme de l’âge de Marie était à la recherche de « sa moitié » comme il disait. Aux premiers abords, il parut à Marie agréable, distingué, gentil, bien qu’il ait des critères très pointus et précis concernant le physique de « sa bien aimée ».
Marie ne comprend pas tout de suite que la description qu’il en fait physiquement, lui correspond point par point.
Les sept minutes passent et Marie se trouve soulagée lorsque la cloche tinte.
En effet, Jérôme est un homme qui s’écoute parler et qui n’a besoin de personne puisqu’il se suffit à lui-même ! Mais il ne le sait pas hélas, c’est d’ailleurs la raison pour laquelle Marie ne peut émettre un seul mot devant le monologue de ce dernier.
Au tintement de la cloche, Jérôme ne bouge pas de sa chaise, fixant Marie intensément. Elle lui sourit et lève la tête pour accueillir le prétendant suivant mais il ne bouge pas.
Marie gentiment, le prie de bien vouloir se rendre à la table suivante.
- Marie, je ne bougerai pas de cette chaise.
- Pardon ? Je ne comprends pas !
- Vous êtes la personne que je recherche, Marie. Il m’est donc impossible de vous abandonner ici.
- Jérôme, le speeddating est composé de règles et le simple fait que vous ne vouliez pas changer de table met en péril toute la soirée ! Vous ne pouvez pas vous permettre une telle chose !
L’homme qui se trouve derrière Jérôme commence à s’impatienter, Marie tente bien de lui faire son plus beau sourire pour qu'il veuille bien attendre mais le visage de l'homme est tendu, il trépigne devant l’immobilité de Jérôme qui se tient à sa place et qui le prive de ses sept minutes.
- Monsieur, s’il vous plait, la cloche a sonné et vous devez passer à la table suivante, lance-t-il à Jérôme.


- Monsieur, je n’irai nullement part, J’ai trouvé la femme de ma vie et il est hors de question que je vous cède ma place.
Le ton commence à monter crescendo, Marie, gênée par l’attitude surprenante de Jérôme, prie le candidat suivant de bien vouloir passer son tour.
D’un geste brusque, ce dernier, tire un coup de pied dans la chaise de Jérôme et se décale pour aller s’installer à la prochaine table.
Jérôme reste imperturbable. Campé sur sa chaise, les yeux rivés dans les yeux de Marie, il se lance aussitôt dans un monologue.
- Marie, vous êtes ma moitié, cela fait seulement sept minutes que je vous regarde et je sais que c’est vous ! Je ne peux pas vous expliquer exactement pourquoi mais je suis certain que nous allons faire un couple merveilleux. Nous allons nous découvrir un peu plus chaque jour, nous allons être heureux, nous marier, faire des enfants, ….
- Jérôme …
- Acheter une maison, déménager, changer de région peut être ! Travailler ensemble, nous sommes tous les deux dans le juridique, nous pourrions fonder notre propre société.
- Arrêtez, je vous en prie !
- Marie vous n’aurez qu’à vous laisser faire, je m’occuperai de tout.
Marie en a suffisamment entendu, elle se redresse brutalement et sans un regard pour Jérôme, attrape son sac à main, et part.
- Marie ! Marie ! lance Jérôme.
Sans se retourner, elle se dirige toujours vers la porte du restaurant lorsque l’organisateur de la soirée intervient.
- Madame ! Quelque chose ne va pas ?



- On peut le dire, oui. Je ne sais pas comment vous faites votre « casting » mais je vous signale qu’il y a un fou furieux prénommé Jérôme qui ne veux plus quitter sa chaise sous prétexte qu’il pense avoir trouvé la « femme de sa vie » en ma personne. Un peu exagéré, non ? Il m’est difficile de croire qu’en sept minutes, on puisse tomber amoureux ! Sur ce, bonne continuation…
Dans un même élan, elle sort et marche d’un pas décidé, sans même savoir où elle va, tellement cet homme l’a irrité.
Après avoir subi de plein fouet les avances de tous ces hommes, elle décide de ne pas assister au dîner mais plutôt d'aller marcher le long de la plage.
Elle revient sur ses pas pour prévenir son amie. Sans succès, Marie ne parvient pas à attirer son attention tellement elle est subjuguée par son interlocuteur.
En effet, l'homme brun qui se trouve face à Corinne, a le torse gonflé, la bouche en avant, les yeux langoureux. Il fait un petit mouvement de gauche à droite avec ses jambes et semble passionné par ce que lui raconte son interlocutrice.
Quant à Corinne, elle joue avec ses cheveux, se tient droite, la poitrine en avant, frôle régulièrement le bras de cet homme qu'elle dévore des yeux, avec un sourire qui donne la part belle à ses belles dents blanches.
Devant tant d'application à la séduction, Marie préfère donc les laisser.
Arrivée sur la plage, qui se trouve juste en face du restaurant, elle ôte ses chaussures à talons, enfonce ses pieds nus dans le sable encore tiède, commence à marcher, apaisée par le silence qui règne uniquement troublée par le léger ressac de l'eau.
Le jour qui décline peu à peu, la petite brise qui lui caresse le visage, tout ceci la plonge dans une espèce de nostalgie.
Il n'y a pas très longtemps, Patrick était encore à ses côtés dans ce genre de promenade romantique…
Marie lève la tête, comme pour chercher le visage de Patrick dans le ciel et ferme les yeux dans l'espoir peut-être de ressentir sa présence.

Elle se rappelle de chaque détail de son époux, de l'épi qui le contrariait tous les matins devant la glace, du grain de beauté qu'il avait sous l'œil droit, de sa bouche si pulpeuse et si tendre, de sa voix si particulière, grave et intérieure, de ses longues mains sur son corps, de son rire si bruyant et inattendu parfois, de sa façon de marcher, à la fois déterminée et calme, de son parfum qui emplissait la salle de bain le matin et qui laissait son empreinte sur son passage dans toute la maison.
Brusquement Marie, submergée par les larmes, laisse échapper un sanglot. Comment pourrait-elle partager toutes ces choses avec un autre ? Patrick est tellement ancré en elle !
Pour ne pas sombrer dans le chagrin, elle prend la direction du centre ville dans l'espoir de trouver un taxi qui la ramènera à la maison. Elle envoie un sms à Corinne pour la prévenir qu’elle préfère rentrer.
Dans le taxi, elle regarde défiler les lumières et se laisse bercer par le ronronnement du moteur.
De temps en temps, elle sent le regard du chauffeur dans le rétroviseur mais elle n'y prête guère attention.
Arrivée à la maison pendant qu'elle se fait couler un bain, elle se prépare un plateau repas.
Elle espère qu'ainsi, elle pourra se détendre et trouver le sommeil rapidement.
***
Cette soirée restera un bon souvenir malgré cet incident. Surtout lorsque Marie regardait Corinne en difficulté avec d’autres participants.
Cette expérience la renforce dans son opinion, elle a perdu l’habitude de draguer, ou ce style de rencontres ne lui convient pas du tout.
Avec le recul, Marie trouve son attitude brutale et immature. Elle aurait du prendre une grande inspiration et éclater de rire devant Jérôme cela aurait surement plus déstabilisé cet énergumène.